Émotions dans le monde professionnel : persona non grata ?

Au pays des entreprises, les émotions sont souvent des demandeurs d’asile sans papier, elles doivent se faire discrètes et obtenir différents validations pour éventuellement se faire accepter.

En tant que bon professionnel, les émotions il faut savoir les « gérer » voire les étouffer. C’est d’ailleurs une demande fréquente de coaching : « pourriez vous m’aider à mieux maîtriser mes émotions ? ». Comme si nous pouvions nous dissocier voire nous empêcher de ressentir.

Alors dans votre job, vous en faites quoi de vos émotions ? Vous les laissez dans votre casier en arrivant le matin?

Le travailleur et son armure

« Ici c’est pas le monde des bisounours, ok ? Faut se blinder … »

Le décor est planté : vous n’êtes pas censé attendre qu’on tienne compte de vos émotions. Certains pensent même qu’elles devraient être quasi absentes, « je n’ai pas le droit d’être triste, je dois me ressaisir »… Vous vous auto-convainquez que vous pouvez réussir à ne plus ressentir. Il suffit de mettre votre armure en rentrant dans le hall et hop c’est parti pour une journée où rien ne vous atteindra.

Pourtant, les émotions sont omniprésentes. De la joie d’avoir remporté un nouveau contrat, à la colère quand on vous pique votre idée, à la frustration quand votre point hebdo avec votre N+1 saute encore une fois à l’amusement quand votre collègue raconte son anecdote pendant son business trip… C’est un flipper émotionnel permanent et c’est normal.

Ce qui est souvent implicite dans l’univers professionnel : nos émotions devraient obéir au doigt et à l’œil.

1) Les émotions négatives comme la tristesse,la colère, la peur ne sont pas les bienvenues et doivent donc être chassées/refoulées

Nota bene : la colère est encore parfois, si ce n’est valorisée, du moins acceptée, lorsqu’elle est l’apanage d’un big boss. Il pique des colères dignes d’un enfant en plein dans l’âge du non alors qu’il a plusieurs dizaines d’années de plus mais cela semble ok. « C’est comme ça… »

Cette tolérance me semble toujours aussi surprenante. Si vous souhaitez creuser ce sujet, j’en parle dans mon précédent article sur  » A-t-on le droit d’être infecte quand on est brillant ? »

2) Les émotions positives sont tolérées mais à bon escient et surtout quand on vous le suggère.

Certains team-building et démarches engagées par les Chief Hapiness Officer vont dans ce sens : vous sentez que vous devez être heureux et vous amusez. Si c’est le cas, tant mieux. Si ces évènements ne vous mettent pas particulièrement en joie, cette injonction au bonheur peut se révéler tout aussi difficile à supporter que l’injonction vous demandant de refouler votre tristesse ou votre peur.

L’inconvénient si vous chercher continuelle à mettre le couvercle systématiquement sur vos émotions : l’EFFET COCOTTE- MINUTE qui consiste à imploser pour une mini remarque ou un détail au lieu de régulièrement diminuer la pression. Ok mais comment ? On en parle juste après.

MAitriser ses émotions ou l’injonction paradoxale

L’injonction paradoxale, dans le jargon de l’Ecole de Palo Alto, est le terme utilisé pour décrire un ordre donné comportant une part absurde. L’exemple souvent donné pour illustrer ce concept est celui de la demande « soyez spontané! »ou comment être spontané si on obéit à un ordre …

« Je pense qu’il faut que tu apprennes à mieux maîtriser tes émotions ! »

Que celui qui n’a jamais entendu ou prononcé cette phrase dans l’entreprise lève la main. Personne ? Gérer, maîtriser ses émotions me paraît paradoxal dans le sens où nous ne pouvons pas nous empêcher de ressentir, de s’émouvoir. D’ailleurs, l’insensibilité émotionnelle relève  de la psychopathie.

Il existe une palette large d’émotions à l’image des petites têtes jaunes des émoticons. Pour la plupart d’entre nous, nous avons intégré qu’il y a des émotions mauvaises : les émotions négatives (tristesse , peur, colère, dégoût…) et de bonnes émotions, les émotions positives ( joie, fierté, amusement,…).

Dans la théorie de l’Intelligence émotionnelle, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise émotion, toutes les émotions se valent dans la mesure où elles jouent un rôle d’indicateur, d’alerte en fonction de notre environnement. Elles sont souvent associés à des réactions physiologiques et nous incitent à agir de manière appropriée à la situation.

Ceci ne signifie pas que toute émotion doit être exprimée sans filtre et que l’on n’a pas la main sur quoi que ce soit. C’est pour moi à cet endroit qu’il y a confusion : les émotions ne peuvent pas être absentes du monde du travail mais leur expression peut être canalisée de manière constructive.

Alors on fait comment si on ne veut pas avoir la sensation de subir ses émotions ou celles de son collègue toute la journée ?

LA CNV Est VOtre aMI !

Ne pas subir ses émotions ne revient pas à nier l’existence même de l’émotion. L’émotion est présente et il me semble complètement contre productif de vous dire  soit que vous ne devriez pas être triste, avoir peur, être dégouté ou même être amusé soit de penser qu’en mettant un couvercle dessus, cela va la faire partir.

En revanche, ce que vous pouvez faire, c’est d’identifier l’émotion ou dans les termes de la Communication Non Violente (CNV), le « sentiment » qui vous assaille.
De quelle émotion précisément s’agit-il ?

Une fois identifiée, si vous êtes dans un endroit où les relations et les réactions sont codifiées comme dans le monde de l’entreprise, vous voyez comment vous pouvez exprimer cette émotion sans vous attirer les regards inquiets de l’open space. Une alternative aux vocalises peut-être de mettre par écrit ce que vous ressentez.

Contrairement au cerveau d’un enfant qui met tout au même niveau, en tant qu’adulte vous avez accès au raisonnement et vous pouvez prendre du recul.

Cela peut donner la scène suivante : je suis en colère de ne pas avoir eu d’augmentation mais je ne suis pas obligé d’hurler sur mon chef ou de casser mon stylo ou encore de taper du poing sur mon clavier, j’identifie que je suis en colère et à partir de là, je peux voir comment exprimer cette colère autrement et quelles actions je peux prendre pour obtenir satisfaction ou au minimum, exprimer mon insatisfaction de manière claire pour ma hiérarchie.

Ensuite, comme dans notre exemple, lorsque cette émotion est en lien avec une interaction avec quelqu’un d’autre, vous pouvez en discuter et la communiquer.

En CNV, cela donne une phrase un peu alambiquée en 4 parties mais qui a le mérite de poser les choses et de vous donner une option pour exprimer à l’autre ce qui vous pose problème sans l’accuser.

1) Pour cela il est nécessaire de rappeler les FAITS aussi objectivement que possible.

Ex: Le fait que tu aies annulé nos 3 derniers point hebdo…

2) Puis de décrire l’ ÉMOTION ressentie :

Ex: …je me sens frustré

3) Et d’expliquer cette émotion en indiquant votre BESOIN qui n’a pas été satisfait

Ex: … parce que j’ai besoin d’avoir ta vision sur 3 sujets importants

4) et enfin d’exprimer clairement votre DEMANDE, qui n’est pas un ordre, c’est à dire que vous intégrez que votre interlocuteur a le droit de dire non :

Ex :… et je te demande qu’on puisse trouver un créneau de 45mn avant jeudi matin pour que je puisse continuer à avancer

CONCLUSION

En entreprise ou chez soi, on ne peut pas décider de l’émotion que l’on va ressentir.

La meilleure option me semble de l’accepter, de la reconnaitre et ensuite agir sur son expression et si nécessaire de  communiquer avec autrui, idéalement à l’aide de la CNV.

Et pour aller plus loin, on se procure le livre Les mots sont des fenêtresde Marshall Rosenberg pour être incollable en CNV et devenir maître Jedi en résolution de conflits.

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Et vous, vous faites comment pour exprimer vos émotions ?

 

Sinon, vous pouvez aussi regarder Vice-Versa, le génial dessin-animé qui vous décortique les émotions, ici un extrait  :

2 réponses à “Émotions dans le monde professionnel : persona non grata ?”

  1. Guillaume Prate dit :

    Très vivant, très clair et pertinent, bravo Clémence !

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