Interview Équilibre vie pro-vie privée

Dans le cadre de la newsletter de l’Agence du Sens de septembre 2015, j’ai été interrogée pour partager ma vision sur le thème de l’équilibre vie professionnelle et vie privée, un des sujets de prédilection du Cabinet BECOME.

La pression de la rentabilité dans les entreprises met au premier plan les enjeux de performance, bien loin des préoccupations de sens et d’autonomie. Dans le même temps les usages numériques modifient profondément les pratiques et conditions de travail. Ces constats posent la question de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Où en sommes- nous aujourd’hui au pays des 35 heures ?

Nous avons interrogé Clémence Partouche-Ceyrac, coach spécialisée dans l’accompagnement de l’évolution professionnelle des salariés.

ADS : A L’HEURE OÙ LES USAGES NUMÉRIQUES BROUILLENT LES FRONTIÈRES ENTRE VIE PROFESSIONNELLE ET VIE PRIVÉE, LA RECHERCHE DE « L’ÉQUILIBRE », QUI SUPPOSE UNE BALANCE ENTRE DES TEMPS DE VIE OPPOSÉS, A-T-ELLE ENCORE UN SENS ?

Clémence Partouche-Ceyrac : On parle aujourd’hui de « blurring », de l’anglais « to blur », effacer, flouter, pour décrire ce phénomène d’effacement progressif de la frontière entre vie professionnelle et privée*. La question de l’équilibre tel qu’on le conçoit dans un certain imaginaire collectif, à savoir la balance parfaite, du 50/50, est effectivement déconnectée de notre vie réelle, elle, hyper-connectée. Les experts qui travaillent sur ce sujet ont d’ailleurs remplacé la notion d’équilibre par « conjugaison » ou « articulation », ce qui suggère un lien plus qu’une coupure nette.

Dans mon accompagnement des salariés et des entreprises, j’invite à réfléchir à cette question d’un point de vue individuel et dans le temps. « Quel est le bon dosage pour moi à l’instant T ? ». Réaliser qu’il s’agit d’une notion personnelle et fluctuante permet de sortir de l’idée d’une norme universelle fixe qu’il faudrait nécessairement atteindre.
L’utilisation omniprésente du numérique génère des excès dans la vie professionnelle comme privée. La première étape consiste à se poser la question de son rapport au numérique : est-ce un outil à mon service ou suis-je dans une relation de dépendance ? Dans le deuxième cas de figure, cela est parfois lié à une croyance forte qui est que si je suis joignable en permanence, cela fait de moi un salarié hors-pair et qui sera reconnu par sa société.
Or ne jamais complètement couper de son travail n’est pas un gage de performance dans la durée. Au séminaire pour la qualité de vie au travail de 2014, Microsoft était intervenu pour témoigner de sa propre réflexion interne sur l’usage professionnel du numérique. Cette réflexion a débouché sur la demande aux collaborateurs de ne pas envoyer de mails le soir et le week-end. La recherche de l’équilibre a donc encore un sens, encore faut-il se mettre d’accord sur ce qu’on entend par équilibre.

ADS : LE MINISTRE DE L’ECONOMIE A RÉCEMMENT REMIS EN CAUSE LES 35 HEURES. SELON VOUS, CET ACQUIS SOCIAL A-T-IL CONTRIBUÉ OU NON À UNE MEILLEURE « ARTICULATION » ENTRE VIE PROFESSIONNELLE ET VIE PRIVÉE ?

CP-C : J’aborderais cette question en partant de mon expérience de Responsable Ressources humaines pendant près de 10 ans. J’ai toujours connu le monde professionnel avec les 35h.
Pour les entreprises ayant fait le choix de rester sur 39h, le nombre de jours de RTT varie d’une structure à l’autre en fonction de la signature de son accord collectif. Ces jours ont effectivement pu être utilisés par certains salariés pour pallier des difficultés personnelles d’organisation ou pour leurs loisirs. Cependant, pour les cadres au forfait en nombre de jours par an, pour que leurs objectifs élevés fixés annuellement puissent tenir dans cette période, cela implique souvent des horaires importants le reste du temps et/ou de ne pas prendre la totalité de leurs RTT. Ces deux effets posent la question du présentéisme.
Cette tendance recouvre le fait de se surinvestir professionnellement avec des horaires à rallonge.
Beaucoup d’entreprises en France persistent à valoriser le temps passé au bureau, en particulier le soir, et non un management par les résultats et une liberté sur l’organisation du temps. Les managers qui raisonnent ainsi sont souvent réticents au télétravail où ils perdent la visibilité sur ce que font leurs collaborateurs. Pourtant, en réduisant les durées de transport, le télétravail laisse une liberté au collaborateur pour utiliser ce temps gagné de manière optimale.Lorsqu’il est expliqué et associé à une confiance employeur-employé, le
travail à distance est vraiment de nature à contribuer à l’équilibre vie pro/vie privée tout en favorisant une plus grande performance individuelle des salariés (moins d’interruption, baisse du stress des transports et de gestion des contraintes personnelles, autonomie favorisant la motivation, etc.).

ADS : LES SITES INTERNET ET LES COACHS DÉDIÉS A CES SUJETS LIVRENT PLÉTHORE DE BONNES PRATIQUES SUR LA GESTION DE LA PERFORMANCE AU TRAVAIL. PEU D’ENTRE EUX CONSEILLENT SUR LA MEILLEURE GESTION DU TEMPS DE LOISIRS. QUE PENSEZ-VOUS DE CE DÉSÉQUILIBRE ?

CP-C : Lorsque l’on souhaite être perçu comme un salarié investi et performant, communiquer sur l’importance de sa vie à côté me semble encore tabou. Assumer pleinement que notre vie familiale, artistique, sportive nous est tout autant nécessaire et importante que le travail, n’est pas valorisé. Il serait donc incongru de faire une place quasi équivalente aux loisirs et à la gestion de son travail. L’absence de conseils dans ce domaine s’appuie aussi sur l’idée que nous savons tous intuitivement gérer notre vie hors travail. Ce n’est pourtant pas toujours le cas et les loisirs
sont souvent passés en pertes et profits, notamment pour les salariés parents. A l’heure où la question du burn-out est récurrente dans les médias, une des manières de garder son équilibre dans la durée est de considérer son activité extra-professionnelle comme clé pour soi. Il faudrait donc s’y tenir comme si l’on se rendait à un rendez-vous avec un client important. Voici déjà un premier conseil !
A chacun de se sentir responsable et garant de son équilibre. Cela implique de ne pas pouvoir tout faire ou tout faire parfaitement, donc de connaître ses limites et si besoin de savoir dire non. Un beau programme de rentrée en somme…

*http://www.cadreo.com/actualites/dt-le-blurring-un-phenomene-qui-saccentue-chez-les-cadres

Pour aller plus loin :

Manager par les équilibres, Jérôme Ballarin, Vuibert, Paris, 2015.
Améliorer l’équilibre professionnel et l’équilibre de vie : le rôle de facteurs liés à l’individu et au soutien hiérarchique, par Alain Roger Centre Magellan, IAE Lyon, Univ. Jean Moulin Lyon 3

 

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