Le congé maternité travaillé

En ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, je souhaite évoquer une situation concrète de tiraillement entre carrière et famille : travailler pendant son congé maternité.

Un congé maternité qui n’en n’est plus un ?

Le Figaro a publié aujourd’hui un article sur le sujet : Une-femme-cadre-sur-deux-travaille-durant-son-conge-maternité

J’ai été très surprise de ce pourcentage aussi élevé. Dans l’étude sur les interactions entre carrière et parentalité que j’ai menée en 2014-2015, lors de mes entretiens qualitatifs, j’avais été marquée par le témoignage d’une jeune femme ayant dû être arrêtée précocement. Par peur de perdre sa place (petite structure en finance, milieu très compétitif et masculin), elle a travaillé à distance jusqu’à son accouchement et a repris peu après, très peu après la naissance de son fils :

« J’ai envoyé mon premier mail professionnel environ 8h après mon accouchement ! »

Je découvre avec cet article s’appuyant sur une enquête de cadreo  parue lundi, que si cet extrême n’est peut-être pas le quotidien des femmes en congé maternité, la moitié d’entre elles continuent à gérer des dossiers pendant cette période. L’enquête ne précise pas ce que l’on entend par « travailler pendant son congé maternité ». Cela me semble en effet très différent et ne pas avoir les mêmes impacts : entre donner très ponctuellement une info pour aider sur un dossier en souffrance ou travailler depuis son accès à distance ou smartphone en permanence, sans réelle coupure.

La raison invoquée par Rachel Silvera, économiste et maîtresse de conférence à l’Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense et qui pousserait toutes ces femmes à travailler pendant leur congé est que :

«Pour être cadre, il faut être indispensable. Résultat, les managers et employeurs font peser une lourde culpabilité sur les femmes qui partent en congé maternité».

Dans les retours obtenus via mon étude, j’avais noté que cette pression et cette culpabilité n’avaient pas toujours besoin d’être instillées par la hiérarchie pour exister. Beaucoup de mères les ressentaient « naturellement » et cherchaient à compenser par différents moyens leur absence. Bien entendu, la taille de l’entreprise, sa culture vis à vis de la maternité, le fait d’être ou non remplacée sont autant de paramètres qui jouent sur ce ressenti.

UNE GROSSESSE BIEN VÉCUE ET UN RETOUR COMPLIQUÉ

Un des points marquants ressortant de mon étude était que les femmes enceintes faisaient tout pour que leur grossesse soit « transparente » vis à vis de leur employeur. Elles cherchaient à ce qu’on ne puisse rien leur reprocher et donc à maximiser le temps passé avant leur départ quitte parfois à ne pas se rendre compte des impacts sur leur santé.

Associée à cette sur-implication, elles attendaient souvent une reconnaissance de leur hiérarchie et tombaient de haut à leur retour de congé maternité, lorsque l’investissement était considéré comme normal voire n’avait pas été remarqué par leur N+1 ou pire, qu’elles étaient sanctionnées.

Cette frustration est d’autant plus marquée que l’investissement est important et s’effectue avec un sentiment de sacrifice sur sa vie privée qui leur semble cependant indispensable pour ne pas pénaliser leur carrière.

Il me semble indispensable de se rappeler que l’on a le choix et qu’il nous revient de mettre les limites qui nous semblent acceptables pour ne pas avoir de regret par la suite. Je développerai cette idée dans un prochain billet mais rappelez-vous que la coupure du congé maternité est bénéfique pour soi et pour l’entreprise dans la mesure où elle permet de prendre du recul et d’être souvent plus pertinente que lorsque l’on est le nez dans le guidon.

3 CONSEILS POUR ÉVITER  CETTE FRUSTRATION DU RETOUR  : COMMUNIQUER, COMMUNIQUER ET COMMUNIQUER !

Dans l’article du Figaro, près de la moitié des femmes interrogées considère l’arrivée d’un enfant comme l’évènement le plus bouleversant de leur carrière. Alors,  l’enfant synonyme de frein à sa carrière ?

Lors de mes ateliers « Carrière et parentalité », j’évoque cette nécessité absolue de communiquer sur ses actions avant son départ, de solliciter sa hiérarchie sur ses attentes pour le retour et de garder un contact informel pendant son congé.

Nous pouvons aujourd’hui être joignable quasi en continu et cela valorise en partie notre ego de nous sentir « indispensables » comme évoqué plus haut. Ne soyons pas dupes ! La plupart d’entre nous ne sommes pas détenteurs d’un savoir unique et nous sommes donc remplaçables.

La tension sur le marché du travail est bien entendu souvent invoquée comme raison de cette implication sans limites, soir, week-end et vacances inclus, mais à long terme, cela ne paie pas : manque de recul, perte de créativité, déficit de motivation etc.

Pour revenir à la situation du congé maternité, Nathalie Loiseau le souligne dans son ouvrage Choisissez TOUT ! , les femmes ont souvent intégré qu’elles seraient récompensées naturellement pour leur performance professionnelle. Cela s’expliquerait en partie par le fait de réutiliser les mêmes codes que dans le système scolaire où l’on valorise leur discrétion et leur travail par de bonnes notes. Dans la réalité du monde de l’entreprise, les codes valorisent une démarche active et non une posture d’attente.

Concrètement cela revient pour les futures mères à :

1) Communiquer sur ses actions ne revient pas nécessairement à se vanter, il suffit de les évoquer factuellement et de préparer voire de solliciter un entretien avant son départ pour rappeler tout ce que vous avez accompli avant votre départ.

2) Communiquer sur ses attentes (financières, évolution professionnelle, …) pour votre retour n’est pas non plus un délit et permet à votre employeur tout simplement de les connaître. Considérez-vous comme LÉGITIME pour une augmentation ou plus de responsabilités à votre retour compte tenu de votre implication jusqu’à votre départ et de votre motivation potentielle à votre retour. Cela ne signifie pas que votre hiérarchie y répondra positivement mais elle se devra d’y répondre et de justifier son refus le cas échéant.

3) Communiquer avec son entreprise pendant son congé maternité en fonction de ce qui est nécessaire pour garder des relations positives et ce qui pourra avoir un impact pour votre carrière. Par exemple, annoncer la naissance de son enfant, avoir un contact de confiance pour être mise au courant des évolutions organisationnelles, venir déjeuner avant son retour et si nécessaire, faire les démarches en lien avec les RH ou son réseau interne pour retrouver un poste à son retour.

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Et vous, quelle serait la distance idéale vis à vis de votre entreprise pendant votre congé maternité ?
Dans la réalité, comment cela s’est-il déroulé ?

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